C’est en tablant sur des
compétences apparemment opposées qu’Apple réussit à recruter des talents
qui vont réconcilier ces impératifs de
discipline et d’innovation.
De quoi s’agit-il ?
Les entreprises, en particulier lorsqu’elles
atteignent une certaine taille, doivent s’assurer que l’ensemble des équipes se
mobilise sur des objectifs et une vision commune. Un certain besoin
d’alignement, de conformité est requis. Il touche aux modes opératoires,
aux valeurs, aux objectifs, à la stratégie. Par ailleurs, pour rester compétitives et se développer, ces entreprises doivent innover, se remettre en cause, ce qui veut dire prise de risque, initiative, délégation. Notamment, la numérisation de l’activité économique et l’impact sur l’entreprise est une véritable lame de fond revisitant l’ensemble des secteurs et des approches (http://barbares.thefamily.co/). Le déploiement de nouveaux modèles numériques au sein de structures existantes est une transformation à mener précisément constituée d’innovation, de prise de risque etc
aux valeurs, aux objectifs, à la stratégie. Par ailleurs, pour rester compétitives et se développer, ces entreprises doivent innover, se remettre en cause, ce qui veut dire prise de risque, initiative, délégation. Notamment, la numérisation de l’activité économique et l’impact sur l’entreprise est une véritable lame de fond revisitant l’ensemble des secteurs et des approches (http://barbares.thefamily.co/). Le déploiement de nouveaux modèles numériques au sein de structures existantes est une transformation à mener précisément constituée d’innovation, de prise de risque etc
Comment réussir ces transformations ?
Pour mener ces transformations, à commencer
par recruter les personnes qui en auront la charge, la question se pose alors
de savoir comment concilier dans un même profil des compétences et des
caractéristiques répondant à ce double enjeu.
Pourquoi rechercher des aptitudes contradictoires dans une même
personne ?
D’autres organisations sont possibles…
En effet, faut-il avoir d’un côté des talents
qui assurent les stabilités de l’organisation et qui sont garants de la
conformité et d’un autre côté les innovants qui prennent des initiatives et qui
challengent le status quo? C’est souvent
ce que font les entreprises tant il semble irréaliste de vouloir regrouper dans
une même personne ce qui apparaît comme une contradiction. Mais s’agit-il
vraiment d’une contradiction?
Ce besoin de règles, de structures, de
conformité et en même temps de liberté,
d’initiative, de challenges, n’est-ce
pas simplement l’expression de la réalité qui s’impose à l’entreprise ? Cette
tension entre deux aspects d’une même réalité (conformité et initiative) n’est-il
pas en fait le moteur de la performance ?
Reconnaître cette dimension de tension rend
le travail du recruteur finalement plus facile malgré les apparences.
La contradiction n’est donc qu’apparente ?
Il n’est
pas si difficile de trouver dans la même personne des qualités de
conformité et d’initiative une fois que l’on a reconnu que ces dimensions
existent en chacun d’entre nous mais à des degrés divers. C’est ce qu’Apple a
bien compris en attendant de ses équipes qu’elles respectent les règles de
gouvernance strictes et des process parfois rigides tout en reconnaissant que les
vrais facteurs de la performance individuelle et collective résident dans la
capacité des individus à challenger, proposer, remettre en question. C’est en
tablant sur des compétences dérivées de ces caractéristiques, apparemment
opposées, qu’Apple réussit à recruter des talents qui vont réconcilier ces impératifs de discipline
et d’innovation.
Quelles sont les caractéristiques de ces profils ?
Le recrutement, qu’il soit interne (mobilité)
ou externe, n’est pas une science exacte, et si chaque situation doit être lue
dans sa singularité, nous avons cependant quelques points de repères. La
première étape consiste à identifier les compétences qui sont en fait communes
à ces deux profils.
Quelles sont ces compétences ?
Rigueur, attention du détail, obsession de l’exécution sont des compétences
qui sont des impératifs qu’il s’agisse de « faire tourner » une
organisation (process, discipline, rapidité d’exécution…) ou pour développer de
nouvelles idées, faire des propositions de changement, d’amélioration. Il est d’autant
plus facile de challenger le status quo, que les idées proposées sont bien
construites, validées et opérationnelles. Question de crédibilité. Remettre en question, challenger, requiert
aussi de la détermination, de la conviction. Nous parlons ici d’une aptitude à
faire face à des situations de tensions, voire de conflits. Cette aptitude
combinant une forme de résilience et de courage devient un critère important
dans le recrutement. Il s’agit à la fois d’une compétence et d’un trait de
personnalité qui assurant la liaison entre le focus et l’ouverture d’esprit,
l’exécution et challenge.
Ces compétences suffisent-elles ?
Non, ces compétences ne suffisent pas. Avoir des
idées, des initiatives implique une certaine intimité avec le secteur
d’activité. Il est difficile d’imaginer comment défendre et promouvoir une
évolution sans avoir un intérêt marqué, une compréhension fine, une vision
allant au-delà de la maîtrise d’un "code de la route" plus ou mois
affiné, permettant simplement de se repérer. Le cas est assez fréquent dans le numérique, où
on peut être séduit par le dynamisme du secteur, la performance de certaines offres, l'image
des acteurs, le coté mode et innovant etc, mais sans disposer d'une vision
détaillée, en profondeur du secteur, ou d’une de ses composantes. C’est cette
intimité, plus qu’un intérêt, qui procurera l’énergie nécessaire pour défendre
une proposition et challenger le status quo.
Vous vouliez ajouter une autre donnée…
Une dernière donnée est la curiosité,
la capacité à s'intéresser à ce qui touche de près ou de loin au domaine, aux
concurrents, aux initiatives lancées dans des activités connexes, dans des
organisations autres mais où des analogies sont possibles. C’est dans la
diversité des expériences, des hobbies,
des centres d’intérêt, des activités parallèles du candidat que peuvent
se lire ces compétences de curiosité, d’ouverture qui amènent à porter un
regard différent, neuf, inattendu sur les problèmes posés dans l’entreprise.
Ces exigences portent-elles surtout sur les profils opérationnels,
ou concernent-elles toutes les fonctions ?
Il est vrai que certains métiers ou activités
se prêtent moins bien que d’autres à la remise en cause et aux changements
(reporting, juridique, qualité…). Il reste également vrai que pour qu’une
entreprise innove, comme c’est le cas d’Apple, toutes les fonctions, même les
plus « cadrées » doivent s’adapter et se remettre en cause pour
soutenir le processus d’innovation… et se
remettre en cause, s’adapter passe aussi par l’innovation.
Philippe Gaud,
Précédemment DRH Europe d’Apple et aujourd’hui professeur à HEC
Philippe Gaud,
Précédemment DRH Europe d’Apple et aujourd’hui professeur à HEC


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